Madame, Monsieur la/le Président-e,
Mesdames, Messieurs les rapporteurs,
Messieurs les ministres,
Mes chers collègues,
Les missions « Gestion du patrimoine immobilier » et « Transformation et fonctions publiques » reflètent une double promesse gouvernementale : celle d’un État moderne, rationalisé, et capable de répondre aux défis de demain. Pourtant, lorsqu’on regarde le détail de ces deux missions, force est de constater que ces ambitions sont largement compromises par des stratégies insuffisantes et des choix contestables.
Commençons par la gestion du patrimoine immobilier. Ce compte d’affectation spéciale devait être le fer de lance d’une politique immobilière ambitieuse, en rationalisant l’utilisation des surfaces et en contribuant à la transition énergétique. Mais à y regarder de plus près, cette ambition reste largement théorique. La dotation de 340 millions d’euros pour 2025 repose encore sur des recettes de cessions immobilières aléatoires et des redevances domaniales insuffisantes. Cette imprévisibilité budgétaire fragilise les investissements nécessaires à l’entretien et à la rénovation.
De plus, la priorité donnée aux cessions immobilières soulève des inquiétudes. Si la réduction des surfaces inutilisées est un objectif louable, il est inacceptable de faire de cette politique un simple outil de désendettement, sans réflexion stratégique sur les besoins futurs de l’État. La trajectoire de réduction de 35 % des surfaces d’ici 2032, vantée par le rapporteur, est un objectif ambitieux, mais quelles garanties avons-nous sur son impact réel ? À quel prix pour les agents, pour la qualité de vie au travail ou pour la qualité des services rendus aux citoyens ?
Passons maintenant à la mission « Transformation et fonctions publiques ». Là encore, nous sommes confrontés à une série de paradoxes. Si l’amélioration de la qualité des services publics et la modernisation de l’action publique sont affichées comme des priorités, les moyens alloués ne sont pas à la hauteur des enjeux. La réduction de l’emploi public continue d’être une ligne directrice, sans prise en compte suffisante des effets sur les conditions de travail des agents, déjà en grande difficulté.
Les objectifs de transformation numérique, bien qu’essentiels, restent entravés par un pilotage souvent défaillant. On observe une multiplication des outils et plateformes sans réelle coordination, et surtout sans accompagnement adapté pour les agents sur le terrain. La modernisation ne peut pas être uniquement technologique : elle doit aussi être humaine, avec des formations adaptées, des moyens renforcés, et une véritable reconnaissance des métiers du service public.
Enfin, sur la réforme de la haute fonction publique, nous voyons se dessiner une centralisation excessive. En voulant « uniformiser » les carrières, le risque est grand de déconnecter encore davantage les cadres dirigeants des réalités du terrain. Une telle réforme doit s’accompagner d’une réflexion de fond sur les missions et la place de l’État, et non être réduite à des mesures symboliques et technocratiques.
En somme, que ce soit pour le patrimoine immobilier ou pour la transformation des fonctions publiques, nous sommes face à des politiques qui manquent de cohérence, de vision stratégique et, surtout, de moyens à la hauteur des défis. Nous ne pouvons accepter que ces missions soient traitées comme de simples variables d’ajustement budgétaire. Il en va de l’avenir de nos services publics, de leur efficacité, et de leur rôle central dans la cohésion de notre société.
Merci.
